October 15, 2021

DVD : “The Hunted Lovers”, le film qui a lancé le “persona” viril de Burt Lancaster

C’est une petite perle, quasi inconnue, du film noir ressuscitée en DVD et Blu-ray, aux éditions Rimini, en éditant Les amants traqués, par Norman Foster. Réalisé en 1948 par un réalisateur plutôt anonyme, le film est à la fois un défi à la censure, une plongée dans la psyché de l’après-guerre et une rampe de lancement pour une future star.

Écrit en 1940 par le romancier britannique Gerald Butler mais publié aux États-Unis seulement en 1946, Embrasse le sang de mes mains (littéralement « Essuyez le sang de mes mains avec vos baisers ») est un roman particulièrement sombre et brutal, écrit à la première personne. Le narrateur est un tyran dépourvu d’empathie, poussé par une violence incontrôlée. Le livre intéresse Burt Lancaster, qui découvre les possibilités offertes par un personnage principal complexe et tourmenté. Il vient de créer sa propre société de production avec Harold Hecht, Harold Hecht-Norma Productions. Joan Fontaine complète le casting. Le scénario sera signé Leonardo Bercovici d’après une adaptation du roman de Ben Maddow et Walter Bernstein. Et le film sera financé et distribué par Universal.

Suite à une bagarre qui a coûté la vie à un propriétaire de bar, l’auteur du coup fatal, Bill Saunders (Burt Lancaster), se réfugie auprès d’une jeune femme, infirmière vivant seule. Loin de le dénoncer à la police, cette dernière s’attache à lui et le cache, puis entreprend de l’intégrer dans la société en lui trouvant du travail comme chauffeur-livreur pour la clinique qui l’emploie. C’était juste après la guerre et la drogue, denrée rare, faisait l’objet de trafics divers. Un voyou (Robert Newton), témoin du meurtre accidentel, fait chanter Saunders en tentant de détourner l’une de ses cargaisons, rendant le chemin de la rédemption par l’amour particulièrement escarpé.

Dimension masochiste

Comme un grand nombre de films de cette période relevant de ce qu’on a appelé le « film noir », Les amants traqués témoigne des difficultés de réinsertion des vétérans traumatisés de la Seconde Guerre mondiale. La psyché de l’homme américain est malade. Le héros (ou plutôt l’anti-héros) du film est la proie d’irrésistibles attaques de violence qui aliènent son comportement et précipitent son destin. Mais il est aussi possible de voir dans la description de ce destin implacablement marqué une réminiscence du réalisme poétique du cinéma français d’avant-guerre.

On a souligné, et à juste titre, les similitudes entre le film de Norman Foster et le Quai des Brumes, par Marcel Carné (1938). La dimension masochiste, souvent attachée aux personnages incarnés par Burt Lancaster, est ici soulignée par une séquence étonnante dans laquelle Saunders subit des châtiments corporels (l’action se déroule en Angleterre où ce genre de pratique criminelle était encore en place jusqu’en 1948). cils. Le film a rencontré un succès mitigé à sa sortie mais a aidé non seulement à lancer la carrière de Burt Lancaster mais aussi à définir son personne comme une figure virile, érotisée et enfantine à la fois.

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