« Je voterai pour lui au premier tour mais pas au second » : les Machiavel de l’isoloir

Il n’y a pas que les politiques qui ont le droit d’être stratèges. Cette année, ce sont les électeurs qui bricolent des stratégies dans leur coin et se concoctent des parties de billard à 18 bandes dans l’isoloir. Pendant qu’une partie de la France n’avait pas encore compris que le premier tour avait lieu ce dimanche, eux ont eu le temps au fil de la campagne de se bâtir une douzaine de scénarios. L’électeur stratège est rafraîchissant : quand l’abstention atteint des niveaux records parce que des électeurs sont convaincus que leur voix pour l’un ou l’autre ne changera rien, l’électeur stratège, lui, prête tous les pouvoirs à son bulletin de vote : amener un candidat au second tour, bloquer la route à un autre, aider un petit candidat à rembourser ses frais de campagne, créer une dynamique pour les législatives… Son bulletin de vote peut changer la face des élections.

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À quoi on les reconnaît

Ils ne votent plus pour leur famille politique depuis qu’il n’y a plus de famille politique. Ils se souviennent de leurs hésitations des dernières élections, mais plus vraiment de ce qu’ils ont fini par voter. Ils ont fait les tests en ligne – « de quel candidat êtes-vous le plus proche ? » – et ont trouvé le résultat complètement idiot. Ils sont convaincus que leurs adversaires élaborent des stratégies encore plus élaborées que les leurs. Ils avaient envisagé de voter pour Pécresse pour qu’elle soit au second tour, mais, après son meeting cata, « le grand remplacement » et son Covid-19, ils ont réexaminé leur position et se demandent s’ils n’iraient pas jusqu’à voter Mélenchon. Ils suivent les sondages tous les jours, questionnent les timings de toutes les annonces et utilisent beaucoup les expressions « réserve de voix », « moyennes lissées », « dynamique positive » et « marges d’erreur ». Ils trouvent inutiles les votes utiles des autres. Ils avaient voté Chevènement ou Mamère en 2002 « pour que Jospin comprenne ». Leurs parents, chiraquiens, avaient voté Mitterrand face à Giscard au premier tour en 1981.

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Comment ils parlent

« J’hésite. » « Si Mélenchon se rapproche de Le Pen, je vote Mélenchon, alors que je déteste ce mec, pour pas que Marine Le Pen soit au second tour. » « Je voterai pour lui au premier tour mais pas au second. » « Normalement, le mec ­prorusse ne devrait pas avoir ma voix. » « Je préfère que ce soit le prorusse pas raciste. » « Ou alors je donne un autre sens à mon vote et je vote Jadot pour qu’il soit remboursé de ses frais de campagne. » « La dernière fois, j’ai voté Macron au premier tour pour que Le Pen ne soit pas en tête. » « Je soutiens Zemmour, mais il y a un risque que Mélenchon soit au second tour, alors je vais voter Le Pen. » « Les sondeurs macronistes font monter Mélenchon pour laisser penser que Le Pen est le vote utile. » « Je fais le pari d’un meilleur score qu’on ne le dit pour Pécresse. » « Je n’aime pas la notion de vote utile, mais il faut se poser la question. » « Mon vote de conviction, je le garde pour les législatives. » « Si Poutou était en tête, j’aurais voté pour lui sans états d’âme. » « J’ai une stratégie un peu complexe. » « Tu ne peux pas faire ça. » « Tu ne peux pas dire ça. »

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« Je voterai pour lui au premier tour mais pas au second » : les Machiavel de l’isoloir

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