L’acteur George Takei, mémoire vive de l’internement des Nippo-Américains

Par Raphaëlle Besse Desmoulières

Publié aujourd’hui à 00h57

A 84 ans, George Takei est toujours en mission. L’acteur américain a pourtant remisé depuis longtemps son costume d’Hikaru Sulu, le timonier qu’il incarnait dans la version originale de la série télévisée Star Trek. S’il ne pilote plus de vaisseau spatial à la recherche de mondes inconnus, il se démultiplie pour empêcher que l’un des épisodes les moins glorieux de l’histoire de son pays ne tombe dans l’oubli.

En l’occurrence : l’incarcération, lors de la seconde guerre mondiale, de près de 120 000 personnes, dont deux tiers de Nippo-Américains, sur le territoire national. Deux mois après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le président Franklin D. Roosevelt signait, le 19 février 1942, le décret 9066 qui allait conduire ces hommes, femmes et enfants, soupçonnés du seul fait de leur origine, à être privés de leur liberté.

« L’absence de preuve était la preuve, il fallait nous enfermer pour que nous ne fassions rien, simplement parce que nous ressemblions à ça. » George Takei, en désignant son visage

« Après Pearl Harbor, le pays est devenu fou de peur, raconte l’octogénaire depuis sa maison de Los Angeles. Les gens nous crachaient dessus, nous lançaient des noms horribles comme “jaunes”, “traîtres”, “saboteurs” ou encore ce douloureux mot de “Jap”. » Le décret 9066 entraîne l’arrestation, essentiellement sur la Côte ouest, de ces citoyens envoyés dans l’un des dix « camps de réinstallation » créés à cette occasion.

« Il n’y a eu aucune charge contre nous, aucun procès, aucune possibilité de recours », rappelle George Takei, dont la mère était américaine d’origine japonaise et le père japonais. « L’absence de preuve était la preuve, il fallait nous enfermer pour que nous ne fassions rien, simplement parce que nous ressemblions à ça », poursuit-il, en désignant son visage.

George Takei est l’un des derniers survivants de ces événements. Pour célébrer les 80 ans du décret 9066, il s’adressera, le 23 février à Colorado Springs, aux élèves de l’US Air Force Academy. En 2021, l’institution leur a distribué son dernier livre, Nous étions les ennemis (Futuropolis, 2020). Paru aux Etats-Unis en 2019, cet ouvrage graphique en noir et blanc, illustré par Harmony Becker et coécrit avec Steven Scott et Justin Eisinger, retrace la vie du comédien. L’œuvre a été distinguée par le prix Will Eisner de la meilleure bande dessinée documentaire.

Au bout du voyage, une autre ­réalité

« Nous cherchons à former des leaders qui intègrent l’importance de vivre avec honneur et de tirer vers le haut ceux qui nous entourent, explique la générale de brigade Linell A. Letendre, l’une des responsables de l’école. Autant de valeurs que j’ai retrouvées dans le livre de George Takei. » Devant ces futurs officiers, l’intéressé n’a pas manqué de revenir sur cette journée de mai 1942, quand son monde a basculé.

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L’acteur George Takei, mémoire vive de l’internement des Nippo-Américains

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