Les designers ukrainiens à l’épreuve de la guerre

Chaque année, la décoratrice américaine Wende Cohen arpente les allées du salon Maison & Objet, au Parc des expositions de Villepinte en Seine-Saint-Denis, pour repérer des meubles et des objets qu’elle intégrera dans ses projets. Dimanche 27 mars, elle s’est arrêtée sur le discret stand de Sana Moreau pour lui passer commande de six coussins et de six fauteuils bas tapissés d’un lainage à poils longs écrus.

Sana Moreau est ukrainienne. Productrice de musique et de documentaires, elle est aussi passionnée de design et a lancé, il y a quelques années, le label Maïno, qui ambitionnait d’exporter les créations de son pays. Mariée à un Français, elle s’est installée en France en septembre 2021 et a ouvert sa galerie de design quelques mois plus tard dans le Village suisse, non loin de la tour Eiffel à Paris. La galeriste a pris la commande de Wende Cohen, mais sans lui garantir le moindre délai de ­livraison, car toutes ses pièces sont fabriquées en Ukraine…

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Voilà huit ans que le design ukrainien s’exporte et séduit des clients dans le monde entier avec ses matériaux naturels et ses formes épurées. Cette année, le salon Maison & Objet a choisi de mettre en avant des bougeoirs et des vases piochés sur le stand de Sana Moreau, et des céramiques de l’artiste Danuta Kril ont été intégrées à la dernière minute à l’exposition « No Taste for Bad Taste », consacrée aux créateurs français au Mobilier national jusqu’au 5 mai. La boutique parisienne Boon_Room consacre en outre actuellement un espace à des designers ukrainiens avec ­lesquels elle collabore depuis des années.

Un riche bagage culturel

La plupart d’entre eux ont émergé en 2014, à la faveur de la révolution de Maïdan. « Sans la démocratie, notre créativité n’aurait jamais pu s’exprimer. Mais les écoles d’art et de design y sont des héritières de l’époque soviétique, alors c’est sur Internet, auprès d’experts étrangers, français ou italiens, que nos designers se sont formés », explique Sana Moreau, qui a exposé dès 2016 les travaux de son collectif dans le cadre de la Paris Design Week. A force de collaborer avec l’Europe, la plupart des designers ukrainiens se sont expatriés, comme l’architecte Victoria Yakusha, fondatrice de l’éditeur de mobilier Faina, qui s’est installée à Anvers en décembre 2021, ou de la céramiste Olga Sabko, qui vit et travaille à Paris.

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« L’art de vivre est un secteur à part entière de l’économie ukrainienne, que les services culturels de l’ambassade ont régulièrement promu, malgré des produits plutôt chers, à cause des droits de douane qui touchent les pays extra-européens », regrette le Norvégien Kristofer Kongshaug, installé à Paris, où il a fondé Boon_Room. Au sous-sol de sa vaste boutique du Marais, il navigue de pièce en pièce et décrit avec enthousiasme l’histoire de chacune d’entre elles.

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