London Fashion Week : éloge de la sensualité

Si, à l’extérieur de la fashion week de Londres, qui s’est déroulée du 17 au 22 février, la tempête Eunice faisait frissonner, c’est un vent de sensualité moite qu’exhalent les propositions des créateurs pour l’automne-hiver prochain.

Lauréate en 2021 du LVMH Prize, l’Albanaise Nensi Dojaka fait dans la garde-robe libératrice et affriolante. Sa recette ? Des vêtements aux constructions symétriques et graphiques où l’on lit sa formation en lingerie. Ses robes et tops, très applaudis, soulignent les seins, laissent tomber une bretelle de l’épaule, osent des ajours sur les hanches (à condition, pour garantir l’effet, d’accepter de porter le tout sans sous-vêtements…). « J’ai créé ces derniers temps des robes dans cet esprit pour des célébrités, et eu envie de continuer d’explorer encore ce genre, tout en le mélangeant à d’autres possibilités », souffle Dojaka, tremblante d’émotion après son défilé. Elle introduit ainsi du velours, des tailleurs ou des sequins, comme sur une robe de sirène portée par la modèle Maggie Maurer, enceinte de quatre mois.

Nensi Dojaka.

Dans une salle obscure du Sadler’s Wells, un théâtre à deux pas d’Islington, Erdem joue d’abord sur une sensualité auditive. Tandis que résonnent des études de Philip Glass, interprétées par Annie Yim sur un piano à queue, entrent en scène des filles aux robes et manteaux si richement brodés de sequins qu’ils crépitent à chacun de leurs pas. Tailleurs stricts à la Marlene Dietrich, ensembles plissés façon Fortuny et gants d’opéra en cuir croisent des nuisettes parcourues de cristaux, du tulle brodé de perles qui laisse entrevoir le corps et des soutiens-gorge grand soir. « Je voulais ranimer, en plus fantomatique, un cabaret des années 1920, en revendiquant son sous-texte sexuel : une brassière s’assume par-dessus une robe », souligne Erdem Moralioglu, inspiré par la « fluidité de genres » des images de la photographe autrichienne Madame d’Ora (1881-1963).

Erdem.

La peau se dévoile aussi sur les garçons élancés qu’habille le duo du label Stefan Cooke. Attitudes d’apprentis rockeurs et cheveux piqués d’argent, ils déboulent en vestes trompe-l’œil en maille qui passent pour du denim, mais aussi en tops hybrides mi-polo mi-cardigan qui laissent le nombril à l’air, en pulls grillagés à même le torse. Et même en débardeurs en cotte de maille, mais davantage clubbeurs allumeurs que chevaliers en armes…

Plus jazzy, Rejina Pyo a installé ses invités à l’heure de l’apéro devant un gin citron à l’Aubrey, la table de l’Hôtel Mandarin Oriental. « J’ai découvert récemment les “supper clubs”, lieux de rencontre entre amis sous la Prohibition des années 1930, où l’alcool se servait en douce. Je voulais en retrouver la vibration », explique la créatrice. Ses modèles passent dans les alcôves feutrées du restaurant, en denim délavé, robes moulantes à imprimés pop, sacs griffés. « Je leur ai dit : imaginez que vous allez aux toilettes ou au vestiaire et devez traverser la salle en sachant que tout le monde vous observe. » Elles en profitent pour glisser un clin d’œil à l’un, un sourire entendu à l’autre. « Je désirais une connivence directe avec les spectateurs, dit Pyo. Le sexy, ce n’est pas que du rentre-dedans. C’est aussi ce frisson particulier du tout début d’un flirt. »

Rejina Pyo.
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London Fashion Week : éloge de la sensualité

Cool N Spicy