Me Irène Terrel, l’avocate historique des ex-brigadistes italiens, remonte au front

Par Lucas Minisini

Publié aujourd’hui à 13h58

Me Irène Terrel, à Vincennes, le 22 juin 2008.

« J’imaginais qu’un jour j’irais manger une pizza avec mon père, là où il a grandi, en Italie », souffle Félix, 30 ans. Son père, exilé italien, a été interpellé au printemps. Assise près du jeune homme, au sous-sol d’une cantine italienne du nord de Paris (les noms de famille ne sont pas publiés à la demande des intéressés), le mardi 8 mars, Concetta, 63 ans, répond qu’ils en « rêvaient » tous. Claudio, Pascale et Marie, les trois autres personnes présentes ce jour-là, approuvent. Mais tous savent aussi que c’est impossible.

Malgré une « grande angoisse » et beaucoup de « confusion », la petite troupe, soudée, tente de ne pas perdre espoir. Ils se raccrochent à un nom, souvent évoqué dans leurs discussions : Me Irène Terrel, l’avocate de leur mari, de leur épouse ou de leur père. Ces anciens militants radicaux de l’extrême gauche italienne la connaissent, pour certains, depuis quarante ans. D’autres sont devenus des « amis » de l’avocate. Pendant les « années de plomb » (1968-1982), ils ont été accusés d’avoir eu un rôle lors d’attentats terroristes.

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A l’époque, tous sont condamnés à de lourdes peines de prison. Parfois à la perpétuité. Comme plusieurs centaines d’anciens activistes, ils fuient leur jugement et trouvent refuge en France à partir des années 1980 et 1990. Ils y fondent des familles, travaillent et envisagent un avenir paisible. Loin de la lutte et de l’Italie. Tout change le 28 avril 2021. A 6 heures du matin, sept d’entre eux (Roberta Cappelli, Marina Petrella, Giovanni Alimonti, Enzo Calvitti, Narciso Manenti, Giorgio Pietrostefani et Sergio Tornaghi) sont arrêtés, en France, par la police antiterroriste. Trois autres (Maurizio Di Marzio, Luigi Bergamin et Raffaele Ventura) suivront peu de temps après.

Surnommées les « Ombre rouges » par la presse italienne, en référence aux Brigades rouges, ces dix personnes ont été interpellées sur décision d’­Emmanuel Macron, en réponse aux demandes d’extradition insistantes formulées par l’Etat italien depuis plusieurs années. Les dossiers sont examinés par la chambre de l’instruction, à la cour d’appel, à partir du mercredi 23 mars, chaque semaine, pendant un mois. Dans le sous-sol du restaurant, Concetta résume : « Nous sommes maintenant entre les mains d’Irène Terrel. »

Alerté par l’abbé Pierre

Rien ne pouvait laisser penser que Me Terrel, aujourd’hui septuagénaire, allait devenir le conseil de dizaines de ces « exilés » italiens, symbole d’un pan tragique de l’histoire italienne. A l’époque, la jeune Irène Terrel, ancienne étudiante en lettres, philosophie et droit, à Paris, choisit de devenir avocate pour « créer une passerelle face à l’institution qui écrase l’individu », raconte celle qui a un temps travaillé avec Gisèle Halimi. « L’essentiel pour moi est de conjuguer le droit, l’humain et le politique. »

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