Recycler les déchets, penser écoconception : les activistes du design

Mai 2020. En pleine pandémie de Covid-19, Paola Antonelli, conservatrice au département d’architecture et de design au Musée d’art moderne (MoMA) de New York, et Alice Rawsthorn, critique de design basée à Londres, lancent un compte Instagram intitulé « Design Emergency » (Conception d’urgence). Objectif : montrer à quel point le design a un rôle crucial à jouer dans le contexte de crise sanitaire en multipliant des échanges vidéo avec des designers portés sur l’innovation.

Le 25 mai, les deux femmes sortiront un livre issu de ces entretiens (qui se sont poursuivis au-delà des premiers confinements) chez l’éditeur Phaidon avec l’idée que le design ne doit plus être considéré comme un simple « objet de style » mais bien comme un « outil qui peut aider à résoudre des problèmes complexes », telles la crise environnementale ou la reconstruction postpandémique.

Snohetta vient de collaborer avec Studio Plastique pour produire des carreaux en verre à partir de fours et de micro-ondes mis d’habitude au rebut.

Les précurseurs de ce mouvement ? Les Italiens de Formafantasma, Andrea Trimarchi et Simone Farresin. Tels des « designers d’investigation », le duo s’est fait remarquer en enquêtant de manière approfondie sur deux industries mondiales parmi les plus controversées : le bois et les matériels électroniques. Des enquêtes devenues des expositions engagées, comme « Ore Streams » (2017-2019) qui s’interrogeait sur le recyclage des déchets issus de nos ordinateurs, tablettes ou téléphones. Les designers avaient ainsi imaginé du mobilier de bureau reconstruit à partir de fer et d’aluminium recyclés et de composants électroniques réutilisés, questionnant l’obsolescence programmée de nos équipements et la notion même de déchet.

Cabinet Ore Streams en verre transparent et impression numérique sur des boîtiers d’ordinateur en aluminium de Formafantasma.

L’exposition « Cambio » s’interroge, elle, sur l’impact écologique du design et de l’industrie du bois, en remontant la chaîne d’approvisionnement de la filière. Présentée à la Serpentine Gallery, à Londres, en 2020, « Cambio » est encore visible jusqu’au 8 mai au Musée du design de Zurich (Suisse). « Pour que les produits du bois soient vraiment durables, ils devraient avoir une durée de vie au moins égale à celle qu’il a fallu à l’arbre pour pousser, expliquent-ils. Or le modèle actuel de production de masse de l’industrie du meuble est, lui, fondé sur le renouvellement constant de la matière première. » On parlerait donc d’une centaine d’années d’existence pour un simple tabouret en noyer, par exemple.

A leurs détracteurs qui leur reprochent de dénoncer tout en poursuivant en parallèle leur travail commercial de designer, le duo rétorque : « Chaque fois que nous produisons un nouvel objet, nous soutenons inévitablement une économie. Mais si, en tant que designers, nous étudions et infiltrons la façon dont l’objet est produit, recyclé ou distribué, nous développons une vision holistique qui nous permet d’être beaucoup plus critiques, et peut-être plus inventifs.  » En 2023, Formafantasma présentera au nouveau Musée national d’art, d’architecture et de design d’Oslo le fruit d’une autre investigation réalisée sur la laine, cette fois.

Il vous reste 62.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We wish to give thanks to the author of this post for this amazing material

Recycler les déchets, penser écoconception : les activistes du design

Cool N Spicy